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Histoire d’un sauvetage (par Agnès D.)

11 août 2010

Paquets de mèches

On a tous entendu parler un jour ou l’autre de ces « sauvetages » de stocks d’objets anciens jamais utilisés et qui dormaient dans une cave ou un grenier depuis des années, avant d’être découverts par un brocanteur ou un amateur.

Par exemple, on m’a récemment conté l’histoire de plusieurs dizaines de postes de radio militaires de la Seconde Guerre Mondiale — encore sous emballage — que gardait chez lui un ancien électronicien qui attendait toujours que l’armée des États-Unis vienne les chercher (il ne voulait pas s’en séparer, expliquant que « ça appartient aux Américains »).

Voilà une autre histoire, celle d’un stock de mèches et de verres de lampes de tous formats qu’Agnès, une amoureuse des vieilles choses, a récupéré et mis en vente sur un site d’annonces afin de permettre aux possesseurs de lampes anciennes de les faire revivre. Merci Agnès!

* * *

Imaginez une ville construite sur une butte assez haute. C’était une ville presque ronde autrefois, entourée de remparts. Maintenant, ce sont des boulevards qui l’encerclent. Il y a la vieille ville et la « banlieue ».

La butte était optimisée par un réseau de caves, de souterrains, aussi important que les bâtiments aériens.

J’habite aux confins de la banlieue. Ma maison est la dernière au nord. Après ma haie, ce sont les champs et les volcans d’Auvergne à l’horizon.

Le cœur de la vieille ville est coupé en quatre par deux grandes rues qui se croisent au coin des Taules, autrefois très commerçantes. J’y ai vécu, enfant, au troisième étage au-dessus d’un grand magasin de vêtements, dans les années 50. J’ai connu les pavés qui rendaient les rues glissantes et bosselées, les boulangeries et les nombreuses petites épiceries qui débordaient de cageots et de bidons; j’ai connu l’effervescence des jours de marché ou de foire; j’ai connu les voitures qui pouvaient se garer facilement et l’affluence des habitants qui se promenaient en léchant les vitrines. Aujourd’hui et depuis quelques décennies, le centre est réservé aux piétons et il se désertifie : il n’y a plus guère de magasins, les centres commerciaux ont essaimé aux alentours. Les épiceries ont fermé l’une après l’autre. Les boulangeries aussi. Les quincailleries à « l’ancienne » aussi.

Il y avait autrefois quatre quincailleries, qui proposaient de tout : de la vis au grillage à poule, de la casserole à la pierre à meuler, du verre de lampe aux bouchons en liège,…

Celle dont je vais vous parler avait pignon sur rue depuis 1870. Elle occupait tout un immeuble dans la rue la plus animée de la cité. Sa devanture verte, en bois mouluré, tenait une vingtaine de mètres de long. C’était une caverne d’Ali Baba.

Elle a fermé à la fin des années 70.

Mon voisin est un homme qui déborde d’énergie et s’intéresse à plusieurs domaines en dehors de son travail régulier.

Une personne l’a contacté, il y a quelques mois, afin de faire l’état des lieux d’un immeuble à vendre. Il l’a visité. La personne lui a demandé s’il connaissait quelqu’un qui puisse vider les appartements et les caves. Celles-ci étaient remplies d’un bric-à-brac qui aurait effrayé tout un chacun. C’était le stock de l’ancienne quincaillerie ou du moins, ce qu’il en restait après la fermeture, et les appartements du propriétaire d’alors.

Mon voisin a décidé, afin d’arrondir sa fin de mois, de prendre à sa charge le nettoyage par le vide de cet immeuble, afin de le rendre propre et net, lors de la vente.

Me sachant amoureuse des objets du passé, il est donc venu me trouver il y a trois semaines, afin de m’offrir quelques poignées de tiroirs en bois, et des rosaces en laiton. Ébahie devant ces objets anciens et introuvables en grande surface de bricolage, j’ai voulu en savoir davantage. Il venait juste de commencer son « déménagement ». Je me suis rendue avec lui dans les caves voûtées et là, j’ai découvert un paradis en sous-sol, enterré depuis presque 40 ans, où il a fallu amener la lumière, car il n’y avait que quelques rares et chiches ampoules pour éclairer des caves sur trois niveaux de 200 mètres carrés chacun.

J’y ai passé deux semaines à trier ce qui pouvait être sauvé. Mon voisin, son fils, le mien et quelques copains de ceux-ci devaient faire le vide rapidement. J’étais chargée de faire l’inventaire, en tant « qu’expert » en antiquités, des objets susceptibles d’être de quelque valeur. Les choix, devant l’urgence, ont été cornéliens : tout ce que je n’emmenais pas à ma voiture était mis dans une grande remorque et partait à la déchetterie…

Mon garage, ma cour sont encombrés d’un trésor de choses aussi diverses que des seaux à charbon, une cage à poule, une bascule romaine, des flacons de pharmacien, des outils dont je ne connais pas l’usage, des caisses de bouchons, et… des verres de lampes (dont plusieurs dizaines trempent dans des seaux, dans ma lingerie au sous-sol, car ils étaient couchés à même des planches pourries, recouverts de poussière et de saletés), des mèches pour lampes, tout un assortiment de pointes, des clous divers,…

Je passe un temps fou à essayer de tout répertorier. Je ressors de mes investigations, couverte de poussière, mais heureuse comme une enfant le matin de Noël.

Je suis heureuse d’avoir pu sauver une infime partie de ces souvenirs.

Si je peux en faire profiter des personnes qui recherchent ces objets introuvables de nos jours, j’en suis encore plus heureuse.

Ce n’est pas la FIN de l’histoire, puisque il y aura une suite… La Renaissance de tous ces objets qui vont pouvoir revivre!

Vous connaissez, maintenant, l’origine de mon « trésor de guerre ». Quel travail harassant! Quelle poussière! Quels soucis! Quels choix difficiles, déprimants et éprouvants!

Mais quelle joie de pouvoir redonner la vie!

Verres et mèches

Texte et photos © Agnès D., juillet 2010

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Spot (par Papoum)

21 juin 2010


Quelques professions (bijoutiers, dentellières, cordonniers…), ayant besoin d’un bon éclairage en un point précis, utilisaient pour concentrer la lumière naturelle ou d’une lampe à essence ou d’une lampe à huile, une boule en verre aux trois quarts  remplie d’eau.

Le verre selon Tiffany, jusqu’au 2 juin à Montréal

3 avril 2010

Il vous reste un mois pour découvrir l’exposition

Tout le monde connaît les lampes de Louis C. Tiffany — ou au moins les reproductions modernes qu’on voit partout.

Mais le Musée des beaux-arts de Montréal vous invite à un plus grand voyage en vous initiant à l’ensemble du travail du célèbre verrier : lampes de toutes sortes bien sûr, mais aussi splendides vitraux que vous pourrez admirer aussi bien de près que de loin, vases irisés, objets délicats et autres peintures ou esquisses.

Lampes Tiffany

Louis C. Tiffany (1848-1933)
Lampe Pond-lily [Nénuphars]
Vers 1902-1920
Bronze, verre
H. 54,5 cm ; D. 28,5 cm
Musée des beaux-arts de Montréal
Collection Liliane et David M. Stewart
D94.177.1a-m
Photo MBAM
Louis C. Tiffany (1848-1933)
Lampe Wisteria [Glycine]
Dessin de Clara Driscoll (1861-1944)
Vers 1901-1902
Verre, plomb, bronze
H. 68,6 cm ; D. 47 cm
Virginia Museum of Fine Arts, Richmond
Gift of Sydney and Frances Lewis
Photo Katherine Wetzel © Virginia Museum of Fine Arts

Prenez votre dose de beauté!

Pour qui ne s’attarde généralement pas sur les œuvres d’un musée, l’exposition peut paraître trop petite; en revanche, pour qui aime contempler chaque objet et s’en imprégner, la visite sera d’une durée idéale, évitant la saturation.

Les lampes sont bien mises en valeur : les ampoules sous-voltées recréent l’ambiance feutrée des années 1900-1920 tandis que certaines salles plus éclairées vous autorisent à tourner autour des pièces de collection. Vases et bibelots jalonnent le parcours de l’exposition de telle manière que vous passerez de l’un à l’autre sans vous lasser, en étant toujours surpris et en poussant de temps à autre un « ah! » ou un « oh! » de ravissement. La salle des vitraux vous subjuguera d’une autre manière, que vous vous éloigniez ou vous approchiez des murs de lumière.

Les explications appuient la collection d’objets sans s’y substituer et les collaborateurs les plus célèbres de la maison Tiffany sont cités. Bref, un bon dosage de textes intéressants que l’on peut toujours compléter par l’achat d’un livre en sortant (ah!… la boutique de fin d’exposition et ses bacs remplis de colifichets!).

En bref, le Verre selon Tiffany m’a subjugué. J’ai découvert un nouvel univers et mes doutes se sont confirmés : l’art de Tiffany se voit et se vit en vrai, pas en photos. Courez prendre votre dose de beauté!
Lampes Tiffany

Louis C. Tiffany (1848-1933)
Lampe de bureau
Vers 1900-1910
Carreaux de verre turtleback, bronze, cabochons de verre moulé-pressé
29,8 × 16,5 cm
New-York Historical Society
Gift of Dr. Egon Neustadt
Louis C. Tiffany (1848-1933)
Lampe Cobweb [Toile d’araignée]
Dessin de Clara Driscoll (1861-1944)
Vers 1902
Verre, plomb, bronze, mosaïque de verre
H. 74,9 cm ; D. 50,9 cm
Virginia Museum of Fine Arts, Richmond
Gift of Sydney and Frances Lewis
Photo Katherine Wetzel © Virginia Museum of Fine Arts

Renseignements bien pratiques

Jusqu’au 2 mai 2010
Musée des beaux-arts de Montréal
1379, rue Sherbrooke Ouest, Montréal

Mardi : 11 h à 17 h
Mercredis, jeudi, vendredi : 11 h à 21 h
Samedi et dimanche 10 h à 17 h
Fermé le lundi, demi-tarif le mercredi

http://www.mbam.qc.ca/tiffany/

Boire ou conduire son char à bœufs, nul besoin de choisir

10 mars 2010

Avant l’automobile et bien avant Facebook, les paysans allaient faire des affaires — vendre et acheter divers marchandises ou animaux — dans les foires des villes avoisinantes. Point de camion ni de tracteur donc : ils y allaient en chariot à bœufs.

La ville était loin et ils devaient rentrer de nuit; ils avaient alors l’obligation de signaler leur chariot à l’aide d’une lanterne sous peine d’amende de la maréchaussée. Seulement voilà, ils avaient oublié leur lanterne à la ferme! Que faire?

Ils allaient donc à l’auberge acheter une bouteille du vin, qu’ils vidaient dans leur gosier plutôt que par terre (pour pas gâcher) : cassée à la base et retournée avec une chandelle fichée dans le goulot, voilà une parfaite lanterne de remplacement! Hips!


Annecdote tirée de Ces objets qui nous habitent de Daniel Crozes, éditions du Rouergue, 1999.

1910-2010 : le client a toujours raison (de ne rien y comprendre)

7 mars 2010

En allant acheter une simple ampoule dans ton magasin de bricolage préféré, ne t’es-tu pas déjà senti(e) plus désemparé(e) que devant les couches pour bébé? Et n’as-tu pas vu toutes ces petites mamies perdues devant ce mur de formes et couleurs variées, aux étiquetages complexes?

Allons par exemple sur la page Ampoules fluorescentes compactes de Canadian Tire :

Catalogue en ligne Canadian Tire

C’est long, hein?
Et je t’épargne la deuxième page…

On se dit donc qu’il y a 100 ans, c’était tellement plus facile : un bec de gaz ou une bougie, that’s it.

Comment c’était dans le temps?

Considérons l’éclairage typique des appartements urbains en 1900 : le bec de gaz. Chaque bec demandait un manchon (toile qui brillait d’un vif éclat dans la flamme), un brûleur de type Bunsen (comme dans les cours de chimie) et un verre (pour améliorer le tirage). Ça s’appelait un bec Auer et ça donnait ça :

A priori, rien de bien compliqué là-dedans.

Pourtant prenons un catalogue de luminaires à gaz du début du XXe siècle; prenons-en un qui soit simple, et concentrons-nous sur les becs droits (il existait aussi des becs « renversés » en forme de petite ampoule). Après quelques pages introductives, nous arrivons aux manchons :

Neuf sortes de manchons

… qui se déclinent en cinq qualités :

Cinq qualités de manchon

Passons maintenant aux becs :

Divers types de becs Auer

… Et aux verres :

Plus de quarante choix de verres

Bon : pour ta cuisine, quel bec prendrais-tu?

Admettons que tu choisisses celui du milieu, quel manchon mettrais-tu dessus? et quelle qualité de tissage? Et surtout : quel verre? un tout droit, un long ou un court, un avec des trous?… Pas facile, n’est-ce pas?

Et ça, c’est pour l’éclairage à l’incandescence au gaz de ville : je ne parle ni des becs à flamme libre, ni des autres sources de lumière telles que l’acétylène, le pétrole, l’essence, l’alcool, l’électricité (en 1910, déjà de nombreux choix de filaments à carbone et métalliques), etc.

Moralité

Aujourd’hui comme hier, bien s’éclairer n’est pas facile : plus le consommateur a le choix, plus il est perdu. Devrait-on pour autant revenir à l’antique chandelle? Évidemment non : à défaut d’exiger des consommateurs qu’ils soient spécialistes, on devrait exiger des spécialistes qu’ils pensent aux consommateurs. Les fabricants devraient s’astreindre à offrir deux voire trois niveaux de qualité d’ampoules (une qualité « pour le garage » et l’autre « pour la maison ») et à rationaliser les formes en fonction des besoins (quelques modèles de base fonctionnels, les autres étant simplement décoratifs et aussi efficaces que les premiers).

Ainsi, notre petite mamie serait bien éclairée!


Sources :
• catalogue en ligne Canadian Tire, mars 2010;
catalogue de la  Société générale d’incandescence, Paris (non daté);
• photo de bec Auer (bec intensif) : Cavannus.