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1910-2010 : le client a toujours raison (de ne rien y comprendre)

7 mars 2010

En allant acheter une simple ampoule dans ton magasin de bricolage préféré, ne t’es-tu pas déjà senti(e) plus désemparé(e) que devant les couches pour bébé? Et n’as-tu pas vu toutes ces petites mamies perdues devant ce mur de formes et couleurs variées, aux étiquetages complexes?

Allons par exemple sur la page Ampoules fluorescentes compactes de Canadian Tire :

Catalogue en ligne Canadian Tire

C’est long, hein?
Et je t’épargne la deuxième page…

On se dit donc qu’il y a 100 ans, c’était tellement plus facile : un bec de gaz ou une bougie, that’s it.

Comment c’était dans le temps?

Considérons l’éclairage typique des appartements urbains en 1900 : le bec de gaz. Chaque bec demandait un manchon (toile qui brillait d’un vif éclat dans la flamme), un brûleur de type Bunsen (comme dans les cours de chimie) et un verre (pour améliorer le tirage). Ça s’appelait un bec Auer et ça donnait ça :

A priori, rien de bien compliqué là-dedans.

Pourtant prenons un catalogue de luminaires à gaz du début du XXe siècle; prenons-en un qui soit simple, et concentrons-nous sur les becs droits (il existait aussi des becs « renversés » en forme de petite ampoule). Après quelques pages introductives, nous arrivons aux manchons :

Neuf sortes de manchons

… qui se déclinent en cinq qualités :

Cinq qualités de manchon

Passons maintenant aux becs :

Divers types de becs Auer

… Et aux verres :

Plus de quarante choix de verres

Bon : pour ta cuisine, quel bec prendrais-tu?

Admettons que tu choisisses celui du milieu, quel manchon mettrais-tu dessus? et quelle qualité de tissage? Et surtout : quel verre? un tout droit, un long ou un court, un avec des trous?… Pas facile, n’est-ce pas?

Et ça, c’est pour l’éclairage à l’incandescence au gaz de ville : je ne parle ni des becs à flamme libre, ni des autres sources de lumière telles que l’acétylène, le pétrole, l’essence, l’alcool, l’électricité (en 1910, déjà de nombreux choix de filaments à carbone et métalliques), etc.

Moralité

Aujourd’hui comme hier, bien s’éclairer n’est pas facile : plus le consommateur a le choix, plus il est perdu. Devrait-on pour autant revenir à l’antique chandelle? Évidemment non : à défaut d’exiger des consommateurs qu’ils soient spécialistes, on devrait exiger des spécialistes qu’ils pensent aux consommateurs. Les fabricants devraient s’astreindre à offrir deux voire trois niveaux de qualité d’ampoules (une qualité « pour le garage » et l’autre « pour la maison ») et à rationaliser les formes en fonction des besoins (quelques modèles de base fonctionnels, les autres étant simplement décoratifs et aussi efficaces que les premiers).

Ainsi, notre petite mamie serait bien éclairée!


Sources :
• catalogue en ligne Canadian Tire, mars 2010;
catalogue de la  Société générale d’incandescence, Paris (non daté);
• photo de bec Auer (bec intensif) : Cavannus.

 

Un film plein d’ampoules : la Cité de l’ombre

1 mars 2010

À l’heure du retrait progressif des ampoules « classiques », voici un film qui les met à l’honneur : la Cité de l’ombre (City of Ember).

La Cité de l'ombre - City of Ember

Film américain réalisé en 2007 par Gil Kenan
Sortie sur les écrans : fin 2008
Avec Bill Murray, Tim Robbins, Saoirse Ronan, Harry Treadaway
Voir la fiche sur Allô Ciné »

L’histoire en quelques mots

Pour sauver l’humanité
On bâtit une ville souterraine
Faite pour durer pendant 200 ans…

Mais voilà, les 200 ans sont écoulés : le générateur qui alimente les millions d’ampoules nécessaires à la vie de la cité d’Ember est quasiment hors d’usage et les pannes de courant sont de plus en plus fréquentes. Quitter Ember est tout simplement inimaginable; pourtant deux adolescents devront découvrir le secret de la ville et trouver le moyen de s’en échapper avant que le générateur ne s’arrête définitivement…

Aperçu du film

Le déroulement du film est classique et offre au final assez peu de surprises. En revanche la ville est présentée sous ses multiples facettes (rues, maisons, serres, édifices administratifs, etc.) et le spectateur s’y retrouve parfaitement immergé. On en vient petit à petit à comprendre comment fonctionne Ember, à quoi elle ressemble et quelle en est la culture.

Le film séduit surtout au travers de son ambiance ambrée qui rappelle le génial  Delicatessen de Jeunet & Caro, avec une touche de steampunk plein de rouille et de machinerie lourde. En effet, les habitants vivent en permanence sous un ciel doré de milliers (si ce n’est de millions) d’ampoules à incandescence :

Ciel d'Ember vu de la ville

Ciel d'Ember vu de la ville

… Et toutes ces lumières vues d’en haut :

Ciel d'Ember vu d'en haut

Ciel d'Ember vu d'en haut

(Oups! un quart de la ville vient de s’éteindre suite à une panne du générateur…)

On retrouve les lampes puissantes et les tubes fluorescents dans les bâtiments fonctionnels tels que le bureau des messagers ou la salle de contrôle des tuyauteries :

Messagers d'Ember

Salle des machines

Toutes ces ampoules, c’est beau!

L’histoire débutant dans un futur proche, on aurait logiquement pu s’attendre à ce que la cité soit illuminée par quelques lampes puissantes de dernière génération. Eh bien non, point de leds ni de HID : on a plutôt une gigantesque trame d’antiques ampoules à filament de carbone pour éclairer la ville et les maisons. Très peu efficace, mais tellement plus poétique!

Nos bonnes vieilles ampoules (paraît-il polluantes) sont aujourd’hui progressivement remplacées par les ampoules fluocompactes dites « économiques » (paraît-il meilleures pour l’environnement, et pourtant pleines de mercure, de métaux lourds et de plastiques). Les salons quittent petit à petit leur teinte chaude et réconfortante au profit d’une lumière plus froide et moins naturelle, incitant les amateurs d’ambiances feutrées à faire leurs stocks ou à se tourner vers des sources alternatives : lampes halogènes, bougies, etc.

Si un film d’anticipation nous présente un avenir plein de lampes à incandescence, n’est-ce pas l’aveu que celles-ci nous manquent déjà?…