Ça c’est de l’éclairage à grande échelle!

22 juillet 2011 by

Dans les premiers temps de l’éclairage public dans les villes, les lanternes à huile (qui éclairaient habituellement ça et là les passants) restaient éteintes les soirs clairs de pleine lune. La lune suffisait bien!

Et l’été, les soirs d’orage? Sans doute qu’une illumination stroboscopique, comme celle qui a survolé Montréal le 21 juillet dernier, aurait bien suffit elle aussi!

De jolies flammes papillon dans le film Gaslight

24 avril 2011 by

Introduction du film de 1944, avec un bec à flamme plate typique de la deuxième moitié du XIXe siècle.
1944′s movie introduction showing a typical flat open flame from the Victorian era.

S’il est un film que tout amateur d’éclairages anciens se doit d’avoir vu, c’est bien Gaslight (« bec de gaz » en anglais), ou Hantise dans sa version française. Deux versions produites par la Metro-Goldwyn-Mayer se sont succédées dans les années 40. La première (réalisée par Thorold Dickinson) est sortie en 1940, avant que la MGM ne tente d’en faire disparaître toutes les copies pour éviter toute concurrence avec la deuxième version de 1944 (réalisée quant à elle par George Cukor).

Introduction de la première version de 1940 et son gros plan sur la flamme. La pression du gaz un peu trop forte fait apparaître ces « cornes » aux bords de la flamme.
First 1940′s version introduction. The gas is turned on too full so the flame has two side ‘horns’.

Chacune des deux versions a ses partisans : j’ai personnellement préféré la première pour la froideur de son ambiance, presque cauchemardesque et sans issue, alors que d’autres préfèrent le jeu plus subtil (mais plus mièvre aussi) de la seconde.

Ingrid Bergman regardant le lustre à gaz de sa chambre (Gaslight, 1944).
Ingrid Bergman looking at her gas chandelier (Gaslight, 1944).

Mais les deux films se rejoignent dans les décors très fidèles de l’époque victorienne et la mise en scène réussie du gaz d’éclairage, qui se présente comme un acteur à part entière. Alors que les films actuels montrent une flamme très instable (donc très graphique), Gaslight utilise le gaz de houille de l’époque et nous permet de voir à quoi ressemblait un bec « papillon » (flamme plate et large obtenue grâce à une fente horizontale) ou un bec « Manchester » (constitué de deux orifices qui se font face et forment une flamme plus écrasée et plus verticale).

Le bec à flamme plate était le bec universel dès la généralisation du gaz de ville dans les années 1820 (et jusqu’en 1892 lorsqu’a été introduit le bec Auer à manchon incandescent, très lumineux et bien plus économique, souffrant toutefois d’une lumière verdâtre peu flatteuse). Aussi bien les salons que les cuisines, les corridors, les usines ou encore les réverbères en étaient pourvus, malgré la concurrences d’autres dispositifs plus efficaces mais aussi plus complexes et plus coûteux.

Flammes plates « papillon » typiques de becs au gaz de houille (Gaslight, 1944).
Coal gas batswing flames (Gaslight, 1944).

La flamme papillon ou Manchester n’était pas toujours très stable (surtout dans les courants d’air), mais ces luminaires (dont l’intensité était comparables à une ampoule moderne de 15 – 25 watts) étaient simples et élégants, plus puissants que les lampes à huile, mais surtout… sans aucun entretien!

Applique à gaz (Gaslight, 1944).
Gaslight bracket (Gaslight, 1944).

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Genouillère à gaz dans la cuisine de la maison, l’éclairage fonctionnel par excellence : les deux bras sont mobiles et permettent de déplacer la flammes (Gaslight, 1944).
Mobile and functional fixture in the kitchen, with two arms so that you can move the flame close to your task (Gaslight, 1940).

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Large flamme papillon de réverbère (Gaslight, 1940).
Large batswing flame in a street lamp (Gaslight, 1940).

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Un autre exemple de bec papillon avec une flamme plus large (et un peu moins fixe) que les exemples précédents (Gaslight, 1940).
A batswing flame, showing some flickering due to its relatively large shape (Gaslight, 1940).

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Deux niveaux de flammes : normales et en légère surpression (Gaslight, 1940).
Normal flames then with too much pressure (Gaslight, 1940).

Si on est attentif, on remarque aussi la forme particulière des flammes dans la première version de Thorold Dickinson  : deux petites « cornes » sont bien visibles de part et d’autre de la flamme — en particulier dans le générique de début. Il s’agit en fait d’un artefact bien connu à l’époque du gaz de houille : lorsque la pression était un peu trop élevée, la flamme perdait en fixité et ces cornes apparaissaient. La scène de music-hall (voir ci-dessus) le montre clairement : lorsque la rampe de gaz s’illumine, les flammes en éventail s’élargissent.

Un article de 1894 (voir ci-dessous) l’illustre tout aussi bien et recommande à ses lecteurs de toujours maintenir une pression adéquate à la sortie du bec, faute de quoi le gain de lumière est minime par rapport à la consommation accrue de gaz..

Flammes correctes (en haut) et en surpression (en bas) selon que l’on tourne plus ou moins le robinet (The Manufacturer and Builder, février 1894)
Correct and bad flame shapes depending on gas pressure (The Manufacturer and Builder, Feb. 1894).

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Une lampe à pétrole dans le salon également équipé de plusieurs becs de gaz (Gaslight, 1940).
Kerosene lamp (also called coal oil lamp) in the living room that is also equipped with the gas fixtures shown above (Gaslight, 1940).

Les deux films intègrent aussi un usage méconnu du grand public : dans les salons bourgeois et malgré ses grands avantages, le gaz de ville côtoyait les lampes « traditionnelles » à huile végétale et à pétrole jusqu’à la généralisation de l’électricité au début du XXe siècle.

Les raisons de la présence de ces lampes pourtant moins efficaces et moins commodes étaient multiples :

  • les lampes à huile et à pétrole offraient de nombreux choix de réservoirs ouvragés et d’abats-jour en tissu et dentelles — là où l’applique et le lustre à gaz paraissaient moins richement décorés; certaines lampes (notamment de type Carcel, avec une véritable pompe à huile miniature et un mécanisme d’horlogerie) constituaient même de véritables « meubles de familles » qu’on était fier d’exposer et d’allumer;
  • alors qu’un guéridon supportait parfaitement une lampe à pétrole, les becs de gaz étaient tributaires des tuyauteries et se montaient donc soit aux murs, soit aux plafonds : si on voulait travailler au milieu du salon, une bonne lampe à pétrole avec son abat-jour restait le plus pratique;
  • le gaz était accusé d’abîmer dorures et tissus et son éclat était perçu comme dur : c’était  la lumière industrielle issue de la lointaine usine, peu tangible et presque inquiétante, par opposition à la fidèle flamme plus fixe et plus douce de l’huile puis, par extension, du pétrole.

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Lampe à huile dite « à modérateur » et son abat-jour typique des salons de l’époque (Gaslight, 1944).
Vegetable-oil moderator lamp (Gaslight, 1944).

Catalogue français montrant ce type de lampe.
French period catalogue showing a moderator lamp and its accessories.

Bref, deux films pour le prix d’un DVD — et pour chacun, un soin indéniable apporté aux décors et luminaires victoriens.

Pour aller plus loin :

Et bonus : vidéo de démonstration de flammes extrêmement fidèles à ce qu’elles étaient à l’époque (par Uxsliving).

Bain de neige pour ma Ra Clicky!

23 janvier 2011 by

Aujourd’hui petite balade à Montréal par – 20 °C, heureusement sans vent mais avec un beau soleil.

L’occasion pour moi de m’essayer à la prise de photos extérieures de ma HDS Ra Clicky 140GT — nom de code barbare pour cette petite lampe torche américaine très solide, bien finie et presque entièrement programmable.

HDS Ra Clicky dans la neige

Ça clignote dans la rue!

21 novembre 2010 by

Rue Saint-Alexandre à Montréal, novembre 2010. On se croirait déjà à Noël : tous les lampadaires clignotent en même temps, comme une gigantesque guirlande électrique!
Merci à la défaillance du système d’allumage central!

Musique : introduction du film Bessie Smith, St. Louis Blues

Ambiance intimiste ce matin dans le métro

19 novembre 2010 by

Panne d'alimentation dans le métro montréalais

J’habite à Montréal et prends le métro pour aller travailler. Je sais, c’est bien banal. En tout cas, je croise tous les jours l’éclat bizarre des lampes à vapeur de mercure qui équipent encore les stations montréalaises : qu’elles soient à ballon fluorescent ou à verre clair, la STM (compagnie des transports locale) les a récemment changées et on se retrouve dans une ambiance trop brillante, artificielle et très « Expo 67 ».

Mais ce matin, c’était bien plus intimiste car il faisait tout sombre dans le métro : les trois quarts — et sans doute plus — des lampes étaient éteintes. Comme si seul l’éclairage de sécurité était encore vivant. Avec certains bouts de quai carrément dans la pénombre!

– Mais quelle en est la raison? ai-je demandé au premier agent rencontré.

Sa réponse :

– Problème d’alimentation. Si on ne fait pas ça, c’est tout le métro qui saute!

– Bon choix, lui ai-je spontanément répondu.

J’ai décidément adoré cet éclairage minimaliste parfait pour ceux qui ne sont pas du matin!

« Sous la lampe » : exposition et conférence pour un voyage dans le temps!

7 novembre 2010 by

Debat-Ponsan - Avant le balLe musée de Saint-Maur (tout près de Paris) organise jusqu’au 16 janvier l’exposition « Sous la lampe. Peintures de 1830 à 1930 ».

Le principe : exposer côte à côte des lampes de l’époque faste de l’éclairage à flamme et des peintures qui les mettent en situation.

Pourquoi « l’époque faste »? Parce que jusqu’à la fin du XVIIIe siècle l’éclairage était soit faiblard et ponctuel (petite lampe à huile ou chandelle), soit confortable mais très diffus (multiplication des bougies dans les riches demeures). Les années 1830 voient se démocratiser de nouvelles lampes éblouissantes qui suffisent à éclairer une pièce : c’est la flamme du gaz d’éclairage, c’est la lampe Carcel ou à modérateur, et c’est 50 ans plus tard la fameuse lampe à pétrole ou à « huile de charbon ».

Les peintres explorent alors ce nouveau rapport à la lumière : ces lampes surmontées de globes dépolis ou d’abat-jour deviennent d’imposants objets décoratifs qui offrent un subtil jeu d’ombres et de lumières.

C’est cette démarche que retrace l’exposition de Saint-Maur. C’est aussi et surtout une belle occasion pour le collectionneur de lampes de redécouvrir ses objets favoris à travers les yeux de leurs contemporains, et pour l’amateur de belles toiles de voir ces lampes en vrai et de se faire son idée de la démarche du peintre.

À ne pas manquer le dimanche 21 novembre à 16 h 00 : la conférence de M. Ara (le spécialiste français des lampes à flamme!) qui vous racontera la belle histoire des techniques d’éclairage (de la chandelle à ces lampes méconnues qui éclairaient comme une ampoule moderne) et de leur rôle essentiel dans la vie quotidienne de nos arrières-grands-parents.

Une belle occasion de s’en mettre plein les yeux et d’apprendre plein de choses! Et j’oubliais : c’est gratuit!

Pour en savoir plus

Et aussi :

Des fleurs au parfum de mercure

21 octobre 2010 by

Fleurs fluocompactes (publicité Hydro-Québec)

L’autre jour en feuilletant le journal dans le métro, je suis tombé sur cette publicité — que j’ai vue sur le quai un peu plus loin, sous forme d’affiche.

J’aurais pu la trouver belle, poétique. Aurais-je dû?

En vérité je l’ai trouvée troublante. Très troublante. J’ai immédiatement ressenti un goût malsain dans la bouche pendant que j’imaginais mon sang se parer de reflets métalliques et s’empoisonner lentement…

— Car ces fleurs, en fait, ont un amer parfum de mercure.

Ces lampes « à économie d’énergie » ont envahi les magasins et les demeures. Le grand public commence tout juste à l’apprendre : ces jolis tubes fluorescents miniaturisés et torsadés contiennent en fait du… mercure. Oui, ce mercure si toxique qu’on a eu tant de mal à retirer d’objets aussi banals que les thermomètres et les piles.

Qui n’a jamais cassé une ampoule? Qui recycle ses fluocompactes qui durent à peine plus qu’une lampe classique malgré les promesses des fabricants?

Lorsque je vois cette publicité, lorsque je vois ces fleurs de verre et de plastique, je sais qu’un jour ou l’autre je respirerai leur parfum métallique…

Un peu de soleil dans les cavernes

27 août 2010 by

Je vais parfois voir quels mots-clefs ont amené mes visiteurs sur ce blogue. Deux recherches sont récurrentes : « lumens lux candelas » et « éclairage led spéléo ».
Ouf! j’ai un article pour la première, mais je devrai me mettre au boulot pour la seconde!

Sous les pavés, la Scurion

À défaut de comparatif sérieux et objectif, voici un court time-lapse qui donne une idée réaliste de l’éclairage d’ambiance et du spot offerts par une frontale spéléo, suisse et haut de gamme : la Scurion. Ces photos montrent les galeries étroites et sinueuses des carrières qui courent sous Paris (celles qu’on appelle improprement « catacombes », surtout quand on est touriste).


Sous Paris, la Vie
À propos de la musique : 604 de Brian Scott Bennett; Directional Space Music (BMI); compositeur : Brian Scott Bennett (BMI).

Frontale spéléo Scurion montée sur le casque Armour de Camp

Frontale spéléo Scurion montée sur le casque Armour de Camp
(casque loin devant ses concurrents en termes de légèreté et surtout de confort).

Différents modes d'une Scurion

Tête de la frontale spéléo Scurion,
avec l’une ou l’autre de ses multiples leds : spot, veilleuse ambre, niveaux de batterie, grand angle.

Scurion ou chandelle sur le casque?

Si vos finances le permettent, oubliez les frontales du (super)marché ou du Déca-Sport car elles manquent franchement d’optimisation : leds dépassées, faisceau étroit (qui oblige à tourner la tête continuellement, bien loin du confort de l’acétylène), régulation approximative, matériaux douteux, etc.

À moins de préférer les captrices de la dudulle à carbure ou d’être capable de bricoler soi-même la meilleure frontale du monde, pourquoi ne pas se tourner vers les spéléos qui en conçoivent pour les spéléos?

Citons quelques modèles semi-artisanaux :

  • Scurion : le top du top qui combine lumière d’ambiance façon acéto et tableau de bord façon navette spatiale.
    Pour les riches, les geeks et les photographes!
  • Ledlampe IV (TechTonique/Michel Demierre) : simple mais optimale, sans concession sur les lumens ni sur les fonctionnalités.
    Pour ceux qui ne voient pas pourquoi un éclairage à led devrait coûter plus cher qu’un éclairage à l’acétylène!
  • Viper Light : dans la lignée de la Scurion, plus compacte mais qui clignote aussi de partout; hélas! les forums en parlent peu…
    Pour ceux qui veulent la tester et m’en donner des nouvelles!
  • Stenlight : une frontale compacte et basique, malheureusement sans indication du niveau de décharge ni réelle protection des batteries lithium-ion.
    Pour les explorateurs urbains qui ne dépassent pas les quelques heures sous terre et pour les inconscients qui mettent la batterie dans leur casque (et je suis sérieux, certains le font — avez-vu toutes ces vidéos de batteries qui explosent lors d’un choc un peu fort ou d’un court-circuit?).

Et surtout, n’oubliez pas votre vieille Tikka comme lampe de secours!

Histoire d’un sauvetage

11 août 2010 by

Paquets de mèches

On a tous entendu parler un jour ou l’autre de ces « sauvetages » de stocks d’objets anciens jamais utilisés et qui dormaient dans une cave ou un grenier depuis des années, avant d’être découverts par un brocanteur ou un amateur.

Par exemple, on m’a récemment conté l’histoire de plusieurs dizaines de postes de radio militaires de la Seconde Guerre Mondiale — encore sous emballage — que gardait chez lui un ancien électronicien qui attendait toujours que l’armée des États-Unis vienne les chercher (il ne voulait pas s’en séparer, expliquant que « ça appartient aux Américains »).

Voilà une autre histoire, celle d’un stock de mèches et de verres de lampes de tous formats qu’Agnès, une amoureuse des vieilles choses, a récupéré et mis en vente sur un site d’annonces afin de permettre aux possesseurs de lampes anciennes de les faire revivre. Merci Agnès!

* * *

Imaginez une ville construite sur une butte assez haute. C’était une ville presque ronde autrefois, entourée de remparts. Maintenant, ce sont des boulevards qui l’encerclent. Il y a la vieille ville et la « banlieue ».

La butte était optimisée par un réseau de caves, de souterrains, aussi important que les bâtiments aériens.

J’habite aux confins de la banlieue. Ma maison est la dernière au nord. Après ma haie, ce sont les champs et les volcans d’Auvergne à l’horizon.

Le cœur de la vieille ville est coupé en quatre par deux grandes rues qui se croisent au coin des Taules, autrefois très commerçantes. J’y ai vécu, enfant, au troisième étage au-dessus d’un grand magasin de vêtements, dans les années 50. J’ai connu les pavés qui rendaient les rues glissantes et bosselées, les boulangeries et les nombreuses petites épiceries qui débordaient de cageots et de bidons; j’ai connu l’effervescence des jours de marché ou de foire; j’ai connu les voitures qui pouvaient se garer facilement et l’affluence des habitants qui se promenaient en léchant les vitrines. Aujourd’hui et depuis quelques décennies, le centre est réservé aux piétons et il se désertifie : il n’y a plus guère de magasins, les centres commerciaux ont essaimé aux alentours. Les épiceries ont fermé l’une après l’autre. Les boulangeries aussi. Les quincailleries à « l’ancienne » aussi.

Il y avait autrefois quatre quincailleries, qui proposaient de tout : de la vis au grillage à poule, de la casserole à la pierre à meuler, du verre de lampe aux bouchons en liège,…

Celle dont je vais vous parler avait pignon sur rue depuis 1870. Elle occupait tout un immeuble dans la rue la plus animée de la cité. Sa devanture verte, en bois mouluré, tenait une vingtaine de mètres de long. C’était une caverne d’Ali Baba.

Elle a fermé à la fin des années 70.

Mon voisin est un homme qui déborde d’énergie et s’intéresse à plusieurs domaines en dehors de son travail régulier.

Une personne l’a contacté, il y a quelques mois, afin de faire l’état des lieux d’un immeuble à vendre. Il l’a visité. La personne lui a demandé s’il connaissait quelqu’un qui puisse vider les appartements et les caves. Celles-ci étaient remplies d’un bric-à-brac qui aurait effrayé tout un chacun. C’était le stock de l’ancienne quincaillerie ou du moins, ce qu’il en restait après la fermeture, et les appartements du propriétaire d’alors.

Mon voisin a décidé, afin d’arrondir sa fin de mois, de prendre à sa charge le nettoyage par le vide de cet immeuble, afin de le rendre propre et net, lors de la vente.

Me sachant amoureuse des objets du passé, il est donc venu me trouver il y a trois semaines, afin de m’offrir quelques poignées de tiroirs en bois, et des rosaces en laiton. Ébahie devant ces objets anciens et introuvables en grande surface de bricolage, j’ai voulu en savoir davantage. Il venait juste de commencer son « déménagement ». Je me suis rendue avec lui dans les caves voûtées et là, j’ai découvert un paradis en sous-sol, enterré depuis presque 40 ans, où il a fallu amener la lumière, car il n’y avait que quelques rares et chiches ampoules pour éclairer des caves sur trois niveaux de 200 mètres carrés chacun.

J’y ai passé deux semaines à trier ce qui pouvait être sauvé. Mon voisin, son fils, le mien et quelques copains de ceux-ci devaient faire le vide rapidement. J’étais chargée de faire l’inventaire, en tant « qu’expert » en antiquités, des objets susceptibles d’être de quelque valeur. Les choix, devant l’urgence, ont été cornéliens : tout ce que je n’emmenais pas à ma voiture était mis dans une grande remorque et partait à la déchetterie…

Mon garage, ma cour sont encombrés d’un trésor de choses aussi diverses que des seaux à charbon, une cage à poule, une bascule romaine, des flacons de pharmacien, des outils dont je ne connais pas l’usage, des caisses de bouchons, et… des verres de lampes (dont plusieurs dizaines trempent dans des seaux, dans ma lingerie au sous-sol, car ils étaient couchés à même des planches pourries, recouverts de poussière et de saletés), des mèches pour lampes, tout un assortiment de pointes, des clous divers,…

Je passe un temps fou à essayer de tout répertorier. Je ressors de mes investigations, couverte de poussière, mais heureuse comme une enfant le matin de Noël.

Je suis heureuse d’avoir pu sauver une infime partie de ces souvenirs.

Si je peux en faire profiter des personnes qui recherchent ces objets introuvables de nos jours, j’en suis encore plus heureuse.

Ce n’est pas la FIN de l’histoire, puisque il y aura une suite… La Renaissance de tous ces objets qui vont pouvoir revivre!

Vous connaissez, maintenant, l’origine de mon « trésor de guerre ». Quel travail harassant! Quelle poussière! Quels soucis! Quels choix difficiles, déprimants et éprouvants!

Mais quelle joie de pouvoir redonner la vie!

Verres et mèches

Texte et photos © Agnès D., juillet 2010

Grand-père Alphide : de la camaille à l’hydro-électricité

18 juillet 2010 by

Il y a quelque temps dans une foire aux livres (tous les livres à un dollar!), je suis tombé sur un petit ouvrage artisanal tapé à la machine : l’Appel de minuit — Préliminaires : grand-père Alphide, publié au Québec dans le milieu des années 50 par L.-P. Tremblay sous le pseudonyme de Paul de Claver.

Intrigué, j’ai parcouru quelques lignes et j’ai tout de suite été séduit.

L'Appel de minuit - couverture et extrait

Le livre se compose d’une pièce de théâtre et de « préliminaires », ces derniers en constituant en fait le coeur et la partie la plus intéressante. Ils racontent la vie d’Alphide Tremblay qui a parcouru le Québec et y a développé plusieurs activités.

L’Appel de minuit est mal écrit mais touchant : style enfantin et naïf, maladresses grammaticales,… on dirait la rédaction scolaire d’un enfant de huit ans! En témoigne la toute première phrase, bancale :

L’APPEL-DE-MINUIT.

Grand’Père Alphide

Ce que vous allez lire au début de ce volume, sont les faits authentiques et vécus par celui dont le titre porte le nom: “GRAND’PERE ALPHIDE”.

Mais qu’importe le style! On a ici un récit brut — qu’on espère donc fidèle — du Québec au tournant du XXe siècle.
En voici quelques extraits qui nous permettent d’imaginer l’éclairage dans les régions québécoises à cette époque.

Nous sommes en 1873 à La Tuque (à peu près entre Québec et le lac Saint-Jean) :

6 ans: Le temps des classes, il faut s’y rendre pieds nus du printemps à l’automne, quelques fois jusqu’aux neiges, car ayant tout perdu il y a trois ans, mes parents n’étaient pas riches. A l’automne les jours sont courts, il faut bien étudier à la maison, comment résoudre ce problème? Alors c’est à la lueur rougeoyante du poële que j’essaie de le résoudre, ainsi je ménage la petite chandelle de suif. Un jour mon père ayant été loin, au village, apporta dans une boîte d’occasion, une lampe à l’huile . Quelle invention de génie de l’homme, une lampe à l’huile de charbon capable de nous éclairer le matin et le soir.
Cette nouvelle acquisition fut un grand sujet de curiosité pour tout l’entourage, car nous sommes les seuls à en posséder une. Les gens de passage, le soir devant chez nous, voyant une si grande lumière à travers les vitres, voilà que la curiosité les emporte; ils entrent et s’informent, franchement c’était merveilleux surtout pour nous les jeunes.

L’huile dont on parle ici est minérale (et non végérale ou de baleine) et il s’agit bien du fameux pétrole des « lampes à pétrole » qu’on appelle encore « lampes à huile » au Québec.

Quelques pages plus loin, l’auteur évoque un mode d’éclairage bien plus rustique et moins efficace (Alphide a dans les sept ans et il lui a fallu quitter l’école pour aider sa famille) :

Mon travail consiste à charroyer l’eau avec le gros boeuf noir attelé au joug par les cornes, de la rivière à l’écurie. J’utilise pour cela, une grosse tonne de sirop vide, ouverte du haut et solidement encerclée sur une bacagnolle; une fois cet ouvrage terminé, le soir il faut faire le ménage, alors mon père allume la camaille, (sorte de lumière que l’on fait avec une couenne de lard ou d’un ourlet d’étoffe).

Alphide est maintenant un adolescent plein d’entrain : il quitte La Tuque pour se rendre à Duluth dans le Minnesota et y trouver un travail. Il passe par Montréal et se rend à la gare Viger pour y prendre le train :

Cette gare n’a rien d’attrayant: la salle des pas perdus ne possède comme accomodation que des bancs de madriers, les planchers sont en proportion; sur le mur de petites lampes à l’huile accrochées à des clous et tout le long du mur jusqu’au plafond, une longue traînée noircie par la fumée.

Devenu adulte, Alphide exerce différents métiers dans les bois (bûcheron, trappeur,…) puis finalement retourne dans le nord où il devient grossiste et crée la première « maison de gros » à Hébertville Station au lac Saint-Jean.

Les cultivateurs demandent d’autres produits; après consultation avec mon frère Johnny qui travaillait de coopération avec moi, ainsi qu’un certain curé de la région, j’accepte de la Dominion Co. 20 tonnes de sirop des Barbades au prix de 26 cents le gallon. Par la suite un autre achat additionnel demanda du capital et cette fois non moins nécessaire ce fut l’éclairage; donc il faut de l’huile de charbon absolument.
J’achète alors à l’Imperial Oil 25 barils de 40 gallons qui me furent expédiés dans des barils de bois, mais dû aux conditions atmosphériques 50% de cette huile fut perdue, c’était le genre d’expédition qui se faisait dans le temps même aux endroits éloignés, ce fut alors tout un problème pour compenser ces pertes énormes il me faut donc faire des améliorations, plutôt les inventer, je me fis construire alors un réservoir d’acier carré renforci de barres d’acier aussi à l’intérieur, ce réservoir pouvait contenie 3000 gallons, mais là encore comment livrer cette huile aux marchands éloignés, je me fis construire 50 barils d’acier en grosse tôle galvanisée, d’une capacité de 50 gallons, le marchand en venant chercher d’autre huile faisait l’échange du baril.

La compagnie Imperial Oil ne pouvait comprendre comment je pouvais acheter tant d’huile et en faire la livraison sans perte dans des régions aussi éloignées, pour eux il devait y avoir anguille sous roche, un procédé ingénieux, donc ils dépêchèrent leur ingénieur sur les lieux afin de faire une étude de mon commerce d’huile.
Après information, celui-ci retourne à la compagnie avec son rapport et c’est de là que le baril d’acier parut sur le marché comme moyen efficace pour l’expédition de l’huile et plus tard de celui de la gazoline.

Bien après, aux alentours de 1900, l’hydro-électricité fait son apparition et permet de moderniser les industries locales.

Dans la même année, la récolte du foin fut abondante, l’année suivante la récolte manqua complètement dans le comté de Portneuf et Charlevoix, alors j’achetai une presse à foin, c’était une Hartel Victor, et nous voilà qui presse et nous expédions à mesure de 2 à 3 chars par semaine, ce fut ainsi jusqu’au mois de mai, le reste du temps la presse fut expédiée jusqu’à la Grande-Baie, et parla suite elle fit le tour du Lac St-Jean pour aider les cultivateurs.

Mais l’agrandissement d’Hébertville Station et de son entourage nécessite plus de développements. Il faut de la lumière électrique pour aider au développement de l’industrie. Je pris alors possession des chutes de la Belle Rivière à Hébertville Village soit à 6 milles d’Hébertville Station, j’en pris possession sous des droits d’esquater qui signifiait que loi passée en 1881 que toute personne qui fait du développement sur les terrains non chaînés de la province devenait propriétaire esquater (propriétaire Gratia et indéfini) alors je parcourus le comté pour prendre des parts au prix de $100.00 dollars chaque, j’en vendis pour $8,000.00 piastres ce qui permit les travaux préliminaires, mais il faut des dynamos, des transformeurs, la broche du courant et tous les accessoires utiles au bon fonctionnement d’un pouvoir hydro-électrique. La compagnie qui s’engageait à fournir ces moteurs et les autres marchandises demandait dans le temps $6,000.00 piastres comptant, c’est alors que je convoquai une assemblée d’urgence des actionnaires. Après discussion le secrétaire, Elzéar Ouellette, fut autorisé de solliciter le montant des banques; il se rendit à Chicoutimi et ensuite à Roberval pour nous apprendre au retour que les deux banques refusent le prêt. Une nouvelle assemblée fut convoquée et à l’occasion les membres donnèrent main levée à la Maison Tremblay et Frères de disposer de leur mieux afin de combler les pertes possibles. C’est alors que je me rendis auprès des autorités de la banque de Roberval. Après avoir entretenu une assez longue conversation, j’obtiens sous la garantie de la Maison Tremblay et Frères $3,000.00 dollars avec entente explicite d’obtenir trois autres mille  plus tard car la compagnie électrique exigeait le montant comptant.Donc à mon retour j’envoyais à la compagnie mon chèque au montant de $3,000.00 avec instruction d’expédier les marchandises, et la balance payable C.O.D. pour les trois autres mille .

Ce fut alors une grande joie parmi les gens d’Hébertville Station, et de tout l’entourage, car ils voient la possibilité d’obtenir la lumière électrique aussi les avantages qu’amèneraient ce nouveau développement pour la colonie naissante. “Apparence trompeuse” personne plus que moi-même peut réaliser le danger que comporte financièrement l’organisation d’une telle entreprise à travers une colonie dont l’argent manque si souvent; il est nécessaire d’utiliser toutes les notes de la gamme pour atteindre le but, faire face aux réclamations, à l’entretien et aussi à la finance; de par mon commerce j’en sais quelque chose. Vendre c’est beau lorsque nous ne sommes pas dans l’obligation de faire des échanges. Vendre à crédit lorsqu’il faut acheter comptant; j’eus toujours devant moi cette saison morte, ces hivers interminables, il me fallut donc accepter des échanges à peu près équivalents, ce qui n’est pas toujours facile, un jour je m’aperçus que mon hangar est rempli à craquer de quartiers de boeufs échangés pour des produits vendus de première qualité, non exposé comme le boeuf à des pertes surtout.

Quelques années et aventures plus tard :

Sans prendre de repos nous sommes retournés à Québec et de là nous prîmes le premier train de retour.

Dans l’intervalle le pouvoir électrique d’Hébertville Village allait d’avant, tout marchait rondement, et il fut mis en opération la même année; mais pour les deux premières années, le pouvoir marcha en déficit, et la troisième elle rapporta des profits substantiels aux actionnaires. Ce fut ainsi par la suite, toute l’installation finie et les imprévus construction, etc. elle coûta $16,000.00 piastres.

L’entourage, voyant d’un bon oeil les développements d’Hébertville, ce fut alors une sollicitation des habitants et parents de Grande-Baie d’entreprendre la construction d’un pouvoir électrique pour cet endroit. Ayant déjà eu l’expérience de ma première, je savais tout ce que comportait d’inconvénients cette deuxième entreprise. Sous leurs instances, je leur construisis un pouvoir qui coûta $26,000.00 pour la mettre en fonction; ce fut ma dernière oeuvre au Lac St-Jean.

C’est aux alentours de 1910 qu’Alphide, âgé d’environ 40 ans et lassé de ses activités d’entrepreneur, décide de créer un club privé de chasse et de pêche, et de développer le tourisme dans sa région.

Pour en savoir plus :

» Eugène Corbeil, premier curé de La Tuque
Citations de l’Appel de minuit et photos d’Alphide Tremblay

» L’Appel de minuit sur Open Library
Présentation du livre


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